Un patient à un thérapeute Rogérien : "Je suis vraiment déprimé..."
Le thérapeute : "Je vois. Oui. Vous êtes déprimé"
Le patient : "Tout va de travers"
Le thérapeute : "Tout va de travers"
Le patient : "Je sens que je pourrais me tuer"
Le thérapeute : "Vous pensez à vous tuer"
Le patient : "Oui, et je vais même le faire tout de suite"
Le thérapeute : "Vous voulez le faire tout de suite"
Le patient : [Saute par la fenêtre]
Le thérapeute : "Waouh. Splash."
jeudi 20 août 2009
mercredi 19 août 2009
Une société oxymorale ?
L’oxymore est une figure de style qui allie deux mots de sens contraires pour frapper le lecteur ou l’auditeur d’une sorte de dissonance expressive. Très utilisé en littérature, l’oxymore permet d’exprimer ce qui est inconcevable et de créer ainsi une nouvelle réalité poétique qui suscite un effet de surprise, en ajoutant de la force à la vérité décrite (« un affreux soleil noir d’où rayonne la nuit », « un silence assourdissant », « une flamme glacée », « une sublime horreur »...)Mais de plus en plus, l’emploi de ce procédé n’obéit pas qu’à des intentions littéraires. Les sphères médiatiques et politiques usent et abusent d’expressions visant à concilier l’inconciliable. La plupart du temps, il s’agit d’adosser un adjectif prophylactique à un substantif suspect. La règle est donc d’observer quel terme récupère l’autre. Nous connaissons tous les fameuses « guerres propres » et ses encore plus fameuses « frappes chirurgicales », de même que la « discrimination positive » et l’hilarante « croissance négative ».
D’autres expressions, recadrées dans le système actuel des échanges économiques mondiaux, prennent aussi valeur d’oxymores. C’est le cas par exemple du « commerce équitable » (alors qu’à l’ère de la marchandisation globalisée, le commerce ne peut être florissant qu’en étant inéquitable), de la « consommation solidaire » (qui renvoie à l’idée illusoire que l’on peut supprimer l’injustice inhérente à un système sans changer celui-ci), ou encore du « développement durable ». Rappelons à ce propos la définition la plus modérée du développement durable : « permettre de répondre aux besoins des générations présentes sans pour autant mettre en péril la capacité des générations futures à répondre à leurs propres besoins ». Cette définition repose entièrement sur la notion de « besoins ». Or, nos sociétés de consommation sont des sociétés dans lesquels la création de « besoins », le « besoin de besoins », est à la racine même de cet équilibre fort instable qu’on nomme leur dynamisme. Il n’y a donc pas de développement « maîtrisable » dans ce type d’organisation économique et sociale. Il ne peut, à la limite, y avoir qu’un après-développement ne pouvant s’envisager qu’à la suite d’une rupture radicale avec la pensée de marché et le libéralisme économique. L’expression de développement durable ressemble ainsi à un oxymore masquant les véritables problèmes de l’avenir planétaire en ayant l’air de les résoudre par l’artifice des mots. C’est d’ailleurs pour cela qu’elle est tant appréciée par les marchands du temple eux-mêmes.
Toutefois, ne commettons pas comme certains l’erreur de croire que cette profusion d’oxymores émerge d’une volonté politique délibérée. Elle ne fait que rencontrer, refléter et mettre en musique des modes de fonctionnement généraux de nos sociétés modernes. Ainsi tout un chacun pourra constater que :
- plus l’individu est promu comme valeur centrale plus la vie humaine est réglée par des processus sans sujets (la loi du marché, la bourse) ;
- plus est exaltée la liberté individuelle, plus sont mis en place des moyens de contrôle panoptiques entravant la vie privée ;
- plus sont magnifiées la prise de risque et l’initiative, plus on court après le risque zéro ;
- plus est prônée la libre circulation des marchandises et des capitaux, plus il existe de barrières au libre déplacement des êtres humains originaires des pays pauvres ;
- plus on développe une sensiblerie anthropomorphique à l’égard des animaux, plus on fait reposer toute l’économie alimentaire sur l’élevage industriel...
Je vous laisse trouver d’autres exemples.
A cela s’ajoute des incohérences notoires entre certains principes idéologiques et l’expérience concrète de la réalité quotidienne : la foi dans l’automobile a débouché sur la saturation des voies et des villes, le mythe de la communication s’est accompagné d’une expansion des solitudes, la recherche de tous les contacts a dégénéré en hantise de la contamination, le culte de la compétitivité a entraîné la récession, le modèle du « battant » a sombré dans la marée des chômeurs, le chant de la croissance et de la consommation a aboutit à la rigueur et à la frustration...
Et que penser de ces constats : allongement de la vie/tassement de l’envie ; parents gâtés/enfants gâteux ; disparition des paysans/apparition des écolos ; débit rapide/parole creuse ; polyglotte/dyslexique ; charité du capitalisme/capitalisme de la charité...
Tous ces brouillages risquent toutefois de nous conduire à devoir pratiquer en permanence la double pensée, à s’efforcer de croire en tout et en son contraire. Aux fractures sociales s’ajoute alors une fracture mentale, une désorientation intellectuelle, conduisant à une absence de pensée véritable et/ou à une forme aigue de schizophrénie collective.
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Humeur
lundi 17 août 2009
Question circulaire
Dans cette courte séquence vidéo, qui est le plus influencé : la foule ? l'enfant ? l'adulte qui l'exhorte ? nous, spectateurs ?
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Vidéo
dimanche 16 août 2009
Une goutte...
"Une seule goutte de Bach vaut une citerne de musique" disait Mstislav Rostropovitch.
En voici donc juste une goutte...
J.S. Bach, Le clavier bien tempéré, Prélude n°2. Interprète : Glenn Gould.
En voici donc juste une goutte...
J.S. Bach, Le clavier bien tempéré, Prélude n°2. Interprète : Glenn Gould.
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Musique
samedi 15 août 2009
Pirates et révoltes
Pour qui s’intéresse aux sciences sociales, le pirate (le « véritable » et non bien entendu celui que nous a imposé l’industrie hollywoodienne) à ceci de fascinant qu’il échappe à toutes les lois de la psychologie, de la sociologie et de la politique. Certes, il incarne une forme de révolte. Mais les motifs de sa révolte s’éparpillent et composent une nébuleuse dans laquelle il semble impossible de déceler une organisation. Sa caractéristique première est qu’il s’agit d’un homme mécontent. L’espace que lui alloue la société ou les dieux lui paraît étroit, nauséabond, inconfortable. Il s’en accommode quelque temps puis il dit « pouce » et refuse de jouer le jeu. Il capture alors un navire et, bon vent, il appareille. Mais beaucoup d’hommes sont mécontents. Et tous ne prennent pas la mer. La plupart restent encasernés dans leurs fermes, leur taudis ou leur résidence secondaire. C’est l’espèce à laquelle appartiennent la plupart d’entre nous. Elle est morne, fade, envieuse et l’imagination n’est pas son fort. La générosité non plus. Poujade en est une illustration excellente ainsi que les conversations de comptoirs et les commentaires bavards de l’actualité. C’est une révolte molle, qui somnole. Elle râle, mais jouit des bienfaits de son temps. A l’autre frontière du mécontentement, des figures plus vertueuses se profilent. La colère qui les agite est si violente, la blessure dont ils saignent si meurtrière qu’elles ne se contentent pas de pleurnicher. Elles remplacent une société inconvenante par une autre voulue comme plus équitable. Entre ces deux frontières, entre le grognement de Poujade et la révolution de Lénine, s’étend un vaste espace de révoltes. C’est dans ce territoire que manoeuvre le pirate ainsi que d’autres révoltés, de Savonarole au Marquis de Sade, de Spartacus à Fourier. Mais ne les mélangeons pas tous. La révolte que portent en eux ces personnages éclaire presque toujours un moment de l’histoire et lui est même entièrement soumise. Elle apparaît dans une société donnée, dans un certain quartier de temps et d’espace. Bien sûr, son exigence dépasse les bornes de l’époque où elle opère car c’est souvent la condition de l’homme qui fait son souci. Il n’empêche, elle baigne dans un certain paysage, celui de son siècle et de sa terre. Et c’est à ce paysage qu’elle emprunte ses couleurs et son accent, même si son propos est de le détruire ou de l’effacer. En ce sens, la révolte peut être entendue comme une lecture de l’histoire.Le pirate est moins explicite : il peut faire mine de détester son temps, de vomir l’autorité de son roi ou de son employeur, de s’en prendre au moment de l’histoire qui le contient, tout cela n’est que ruse : ses ennemis véritables sont ailleurs. En témoigne sa fascinante faculté à picorer dans les différentes variétés de la révolte : tour à tour et selon ses besoins, il sera nihiliste ou anarchiste, agnostique ou luciférien, ange ou bête, cela n’a pas grande importance. Il enfile telle ou telle de ces catégories comme un bernard-l’hermite se glisse dans un coquillage. A son abri, c’est un autre combat qu’il mène.
Considérons cet homme qui se dispute avec son épouse. Une occurrence banale qui se règle la plupart du temps par des cris ou par des rancunes étouffées. Mais lorsque sa femme lui fait des misères, Francis Verney, grande figure du temps d’Elizabeth 1ère, prend la mer, massacre tous les Anglais qu’il arraisonne et se fait Turc à Alger.
Sous Louis XIV, De Grammont tue en duel l’amant de sa femme. Il court ensuite au port, saisit un navire et va saccager le port Mexicain de Vera Cruz.
Monbars, du même temps et de même noblesse, a lu au collège que les Espagnols étaient très méchants avec les Indiens. Comme c’est un sensible, il s’embarque pour les Antilles, se baptise « l’Exterminateur » et fait un carnage d’Espagnols.
Williams garde des moutons du XVIIe siècle dans le pays de Galles. Cette activité est douce. Il en conclut pourtant qu’il faut aller à Madagascar piller, voler et massacrer.
On voit que le pirate n’est pas regardant pour les motifs. Il n’aime pas peser le pour ni le contre. D’autres arrivent à la rupture après bien des débats, des hésitations et des repentirs. Leur révolte est une réplique au défi que leur lance la société. Ils ne contentent pas de secouer l’échiquier, ils se jurent d’en changer les règles. Le pirate apparaît plus radical et sa révolte plus désespérée. Elle est celle d’un coeur désolé qui n’attend rien. Il se saisit de l’échiquier, le brise en mille morceaux, mais l’idée ne l’effleure pas d’en refaire un autre. Sa cervelle n’est qu’un baril de poudre, la moindre étincelle la fera sauter. Cette étincelle n’est donc pas très significative : qu’ils s’agisse de l’aigreur d’une dame, de l’injustice d’un patron ou de la malfaisance d’un Etat, elle ne nous dit rien de la société de son temps. Si la femme de Verney n’avait pas été si vilaine, gageons qu’il eut trouvé un autre prétexte ailleurs, dans son entourage, son travail ou sa mélancolie. De sorte que cette révolte, au contraire de certaines, nous parle davantage du pirate que de la société qui l’engendre. Ce n’est pas un choix que le pirate accomplit, il plie sous une force. Sa colère est l’effet d’une fatalité, pas d’une décision intime et éclairée. De là suit que chez le pirate, la liberté et le destin jouent un formidable jeu de colin-maillard : car s’il est exact que sa colère répond à une nécessité, où celle-ci le conduit-elle ? Vers le port. Parce que le port ouvre vers la mer, qui est la liberté dans laquelle le voici bientôt enfermé. Si bien qu’on aboutit à ce constat étrange : le destin du pirate est de se saisir d’une liberté qui se tourne en fatalité.
Bien qu’ils adoptent des formes de révoltes moins turbulentes, je connais autour de moi encore quelques pirates pris, comme leurs prédécesseurs, dans la fatalité d’une liberté qui s’imposait à eux.
D’après G. Lapouge, Les Pirates. Forbans, flibustiers, boucaniers et autre gueux de la mer, 1987.
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Choses et autres
vendredi 14 août 2009
Discussion impromptue sur l'ordre universel du monde
Dans le roman d'Umberto Eco, Le nom de la rose, l'ex-inquisiteur Guillaume de Baskerville et son secrétaire Adso enquêtent sur une série de meurtres survenus dans une abbaye bénédictine du début du XIVe siècle. Mais ils se livrent en même temps à une passionnante enquête épistémologique sur les rapports entre le langage et le réel, les signes et le sens, les mots et les choses.
Michel de Pracontal, dans son ouvrage L'imposture scientifique en dix leçons, propose un pastiche de l'une des conversations tenue par Guillaume et Adso à propos de la raison des choses. Drôle et pénétrant.
"Vois-tu, Adso, la science traite de propositions sur les choses, et non des choses elles-mêmes. La théorie scientifique est une carte qui nous permet de nous orienter. Nous lisons la carte, et croyons lire ainsi l'ordre du monde. Mais la carte n'est pas le terrain, elle n'est qu'une construction de notre esprit. Rien ne nous garantit que la carte soit exacte. Nous pouvons seulement vérifier par des expériences qu'elle nous fournit une description pertinente.
- Mais alors, Maître, comment expliquer l'universalité des lois physiques ? Comment se fait-il que les lois de la gravitation s'appliquent aussi bien sur notre Terre sur sur Mars ou sur les astres plus lointains ?
- Tout le mystère est là, cher ami. Le scientifique "doit croire" que ses propositions fonctionnent comme des lois universelles, alors même qu'il n'existe aucune garantie de cette universalité.
- Mais, si nous devons croire que nos propositions sont universelles, ne devons-nous pas croire aussi que Dieu les a voulues telles, afin que le monde s'accorde à notre pensée ?
- C'est ce que pensait Descartes. Mais cette solution ne me satisfait pas. Elle impose une contrainte à l'infinie liberté de Dieu. Contrairement à une célèbre boutade d'Albert Einstein, je ne vois pas en vertu de quoi nous interdirions à Dieu de jouer aux dés. La solution cartésienne n'est qu'une manière de fuir le vertigineux abîme que l'ordre de la nature ouvre à notre entendement. De quelque manière qu'on envisage les choses, il reste infiniment mystérieux que la nature se plie à des lois et à des théories.
- Voulez-vous donc dire, Maître, que la raison n'a pas réponse à tout ?
- Elémentaire, mon cher Adso. Seule la foi répond à tout, mais en évitant les questions. En revanche, si tu veux suivre les voies de la raison, il te faudra accepter les points d'interrogation. Siutation inconfortable mais non invivable.
- C'est une voie bien difficile que la vôtre, Maître. Si je vous suis bien, elle ne nous autorise même pas à croire que l'univers à un sens, car un tel énoncé est lui-même dépourvu de sens ?
- Tu me suis pas à pas.
- Mais alors, comment savoir si la vie vaut d'être vécue ?
- Mon cher Adso, je te répondrai par ces simples mots d'Omar Khayyâm, un poète persan qui vivait au XIe siècle de notre ère : "Personne ne peut comprendre ce qui est mystérieux. Personne n'est capable de voir ce qui se cache sous les apparences. Toutes nos demeures sont provisoires, sauf notre dernière. Bois du vin ! Trève de discours superflu !"
- Mais Maître, le vin me donne mal à la tête...
- Alors contente-toi de cette excellente réponse, mise par Shakespeare dans la bouche de Polonius : "Rechercher pourquoi le jour est jour, la nuit est nuit et le temps est temps serait gaspiller le jour, la nuit et le temps."
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jeudi 13 août 2009
Antonio Saura, peintre de la multitude
Le peintre espagnol Antonio Saura n'a cessé de peindre, tout au long de son oeuvre, les multitudes humaines. Dans son notebook de 1982 sont consignées quelques fulgurences de mots consacrées aux foules. En voici des bribes : "clameur des masses humaines", "lente progression, inflexible et somnambulique de regards déjà éteints", "défilé bruyant de larves noyées dans des clartés et des transparences d'arc-en-ciel", "myriades de regards se formant au hasard au milieu de l'embrouillamini".
Antonio Saura - Huesca, 1930
Deux points méritent d'être soulignés : 1) Les foules de Saura sont toujours composées de têtes dépourvues de corps, 2) Les faces grimaçantes ne sont pas dispersées mais agrégées ou accolées, comme si elles provenaient d'un immense corps politique dont on ne pourrait fixer les limites ni cerner les contours.
Qu'est-ce qui émane de cette foule de gueules, de cette multitude de regards sidérants, de ce nombre indéterminés d'âmes mortes ou vivantes ? Le sentiment de trouble propre aux individus du grand nombre, une perplexité face à l'étendue de notre corps démographique.
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